Dissolution des Partis et Enlèvements des responsables Politiques : Risque élevé de répression contre la contestation croissante
Le Mali traverse une période d’incertitude politique après la dissolution des partis politiques et une série d’enlèvements de figures de l’opposition. Les autorités de transition, sous le régime militaire, justifient ces mesures par la nécessité d’assainir la scène politique, mais les critiques fusent, dénonçant « une atteinte aux libertés fondamentales » et « un retour à l’autoritarisme ». Les acteurs politiques s’organisent pour résister à cette répression croissante.
Le climat politique au Mali s’assombrit. Le Conseil national de transition (CNT) a adopté le 12 mai un projet de loi abrogeant la Charte des partis politiques, qui a finalement conduit à leur dissolution officielle le 13 mai par un décret présidentiel. Les autorités justifient ces mesures par la nécessité d’assainir la scène politique, mais elles soulèvent de vives inquiétudes quant à l’avenir du multipartisme et des libertés démocratiques au Mali.
Dans ce contexte tendu, plusieurs leaders du mouvement de contestation ont été enlevés ou agressés. Parmi eux, Abdoul Karim Traoré, jeune dirigeant du parti Codem, a été enlevé, peu après avoir été témoin de l’enlèvement de son secrétaire général, l’honorable Alhassane Abba. D’autres figures de l’opposition, comme Elbechir Thiam, ont également été victimes de cette répression. Les témoignages de ces événements révèlent une stratégie de terreur pour réduire au silence les voix dissidentes.
Des acteurs politiques, contactés par Kaloum Info, expriment leur peur et leur détermination à continuer le combat pour la démocratie, malgré les risques encourus. Les autorités, quant à elles, n’ont pas réagi aux accusations de répression, laissant les opposants dans l’incertitude et la peur.
La dissolution des partis politiques a été annoncée par le ministre délégué auprès du Premier ministre, Mamani Nassiré, qui a précisé que cette mesure fait suite à l’abrogation de la Charte des partis politiques. Les autorités affirment que cette décision vise à instaurer un cadre plus structuré pour la vie politique malienne, mais les critiques fusent. Les partis politiques dénoncent cette dissolution comme une violation de la Constitution et une atteinte au pluralisme démocratique. Moussa Mara, ancien Premier ministre, a exprimé sa tristesse face à cette décision, la qualifiant de recul pour la démocratie malienne.
Peu après l’annonce, Me Mountaga Tall, président du Congrès national d’initiative démocratique (CNID-Faso Yiriwa Ton), a exprimé son désaccord sur les réseaux sociaux. Il a qualifié cette mesure d’« anticonstitutionnelle » et a affirmé : « Nous ne l’acceptons pas. Nous disons : NON ! » Il a également annoncé son intention de soumettre le décret à la censure des juridictions compétentes.
Face à cette situation, la classe politique s’organise pour contester la dissolution devant la justice. Cependant, les partis étant désormais dissous, ces démarches juridiques pourraient s’avérer difficiles à entreprendre. Des figures de la contestation, ayant déjà combattu un régime autoritaire dans le passé comme l’honorable Aly Nouhoum DIALLO, Me Mountaga TALL, Dr Oumar MARIKO, envisageraient de recourir à la mobilisation citoyenne pour résister à cette répression. « Nous n’avons plus le choix », confient plusieurs interlocuteurs, conscients des risques.
Les meneurs des récentes manifestations avortées sont presque réduits au silence. Joints par kaloum info, nombre d’entre eux expliquent hors micro prendre leurs « précautions » pour ne pas être les prochains d’autres ne répondent pas à nos appels : ils se taisent et certains se cachent. « Nous combattons avec les moyens démocratiques légaux mais eux, ils ont les forces de l’ordre et des armes. Le combat est inégal », confie sous anonymat, un acteur politique qui avait déjà été arrêté. « Mais cela n’altère en rien notre détermination pour la démocratie, la liberté et le respect de la loi ».
Les autorités militaires, tout en promettant un processus de réformes « inclusif », semblent déterminées à maintenir leur emprise sur le pouvoir, sans tenir compte des voix dissidentes. Les analystes politiques s’accordent à dire que la dissolution des partis politiques marque une rupture profonde avec le système démocratique établi depuis les années 1990, et que les décisions des militaires soulèvent de vives inquiétudes quant à l’avenir des libertés fondamentales et du multipartisme au Mali.
Albadia DICKO
Kaloum Info N°156 du mardi 20 mai 2025
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