CCIM : valeurs et lacunes des prétendants
À l’approche des élections à la présidence de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali (CCIM), les candidats en lice affichent des profils qui soulèvent de nombreuses interrogations quant à leur compétence et leur capacité à diriger cette institution importante pour l’économie malienne. Parmi eux, Mandiou SIMPARA, Arouna KANTE et Kadiatou LAH, chacun avec ses valeurs et ses lacunes notables.
Mandiou Simpara : à la tête de la CCIM ?
Mandiou Simpara, bien que considéré comme le favori pour un second mandat, présente un profil préoccupant. Son illettrisme soulève des doutes sur sa capacité à comprendre les enjeux complexes du secteur commercial et industriel. Dans un monde où la communication et la compréhension des textes réglementaires sont essentielles, un dirigeant illettré ne peut qu’inquiéter les opérateurs économiques. Son bilan, bien que mis en avant par ses partisans, ne peut compenser cette lacune fondamentale qui pourrait nuire à la crédibilité de la CCIM. Malgré nos multiples tentatives, nous n’avons pas pu avoir de réponse à nos questions auprès de son équipe de campagne. Il s’agissait de répondre aux questions suivants : quels sont leurs atouts pour obtenir un second mandat à la tête de la CCIM, et quel est leur programme qui changera positivement le système économique avec les opérateurs ?
Arouna KANTE en campagne
Arouna KANTE, quant à lui, se positionne comme le candidat du renouveau, mais ses discours sont souvent jugés comme étant des promesses vides. Bien qu’il ait su rassembler une foule à l’occasion du lancement de sa campagne, ses idées semblent manquer de substance et d’originalité. Son ambition d’une CCIM moderne et accessible pour tous les opérateurs économiques semble davantage une façade qu’une réelle démarche réfléchie. Les attentes des commerçants sont grandes, mais ses propositions ne font que flatter l’ego sans offrir de réelles solutions aux problèmes qui gangrènent le secteur.
Dans un entretien avec M. Kanté, nous lui avons posé deux questions :
– Quels sont vos atouts pour obtenir la présidence de la CCIM ?
– Qu’est-ce que vous comptez changer positivement dans le système économique avec les opérateurs ?
Pour nous répondre, il a déclaré « notre atout est que c’est une candidature jeune pour le renouveau. Nous voulons reconstruire notre secteur privé à travers un nouveau modèle économique en mettant l’accent sur le développement des jeunes, qui est en parfaite adéquation avec la vision Mali Kura Tasira, la vision 2063 des plus hautes autorités. Cette vision incarne le changement dans tous les secteurs, et nous avons des solutions pour cela. »
Comme solution, il propose « le développement territorial, c’est-à-dire le développement économique territorial, parce que chaque région du Mali possède une potentialité économique que nous devons mettre en valeur. » « Par exemple, quand on prend la région de Ségou, qui est une région agricole (riziculture) du Mali, tout le monde sait que si on arrive à produire localement, cela pourra réduire drastiquement le taux d’importation en provenance de l’extérieur. Vous savez que nous importons plus de 60 % de notre consommation de riz, et ce n’est pas normal », selon M. Arouna Kanté.
Il a mis en avant la présence des deux grands fleuves qui arrosent une grande partie du pays. Selon lui, nous devons nous baser sur un partenariat public-privé pour aménager encore des zones d’exploitation agricole. En prenant Tombouctou comme exemple, il a soutenu que chaque région du Mali dispose d’une filière porteuse. « L’importation de riz au Mali est un sujet préoccupant, et chaque région du Mali dispose d’une filière porteuse. Prenons par exemple la région de Tombouctou, reconnue comme une région par excellence pour la culture du blé au Mali, et dire au même moment que nous importons du blé de la Russie est inadmissible. Tout cela constitue des handicaps énormes pour notre économie. »
Il a également exprimé son soutien à la loi sur le contenu local, car selon lui, « c’est une loi qui peut permettre de booster l’économie du Mali. » Il a aussi affirmé que lui et son équipe ont des projets réalisables dans tous les secteurs d’activité.
Pour M. Kanté, le modèle économique du Mali doit être en phase avec les pays développés. « Cela signifie que nous faisons face à la mondialisation, à la globalisation, et même à la compétition internationale. Nous ne voulons plus que notre pays soit uniquement un pays de consommation. Il faut que notre pays soit aussi un pays qui exporte ses marchandises afin que nous puissions en bénéficier. C’est ce qui va créer de la valeur ajoutée, donc nous allons pouvoir transformer certains produits, et cela va créer de la richesse et des emplois. Cela aura un impact significatif sur notre économie. »
En résumé, M. Kanté affirme que « notre programme vise à inverser la tendance afin de passer d’une balance commerciale déficitaire à une balance commerciale excédentaire. Pour cela, il faut revoir et reconstruire le tissu économique du pays. Actuellement, ce tissu n’est pas solide. Nous avons différents projets pour les jeunes et les PME. Nous soutenons les petites et moyennes entreprises. Aujourd’hui, les petites entreprises constituent plus de 60 % de notre économie. Il y a même plus de 80 % qui se trouvent dans le secteur informel. »
« Nous avons également des programmes avec des mesures incitatives pour formaliser ce secteur et les accompagner par des formations et l’accès au financement. Un grand obstacle au développement de nos PME est l’absence de facilitations en matière de permis. Il faut donc adopter un modèle solide et adapté. Nous pouvons aujourd’hui plaider auprès des investisseurs, en cherchant des partenaires prêts à soutenir notre économie tout en tenant compte des priorités édictées par les plus hautes autorités », a-t-il rassuré, avant d’ajouter que « la souveraineté du Mali et les choix stratégiques des partenaires doivent être respectés. »
Kadiatou LAH
Enfin, Kadiatou Lah, commerçante import-export qui se présente également comme candidate, est souvent active dans les débats économiques. Ses prises de position critiques semblent davantage motivées par une volonté de se faire une place dans le paysage politique que par un réel désir d’améliorer les conditions des opérateurs économiques. Son image de défenseur des Maliens et ses promesses ressemblent à des slogans sans lendemain. Au cours de nos recoupements, nous avons appris que « la quasi-totalité des entreprises qui la soutiennent n’ont pas leurs dossiers à jour. »
À elle aussi, nous avons posé les mêmes questions.
Kadiatou LAH mise sur l’effort qu’elle a déjà démontré en tant que femme opératrice économique et espère obtenir les voix nécessaires grâce à l’estime et à la confiance des opérateurs économiques en sa capacité d’organisation des femmes rurales et son impact sur le marché des amandes de karité, du beurre de karité, du sésame, des arachides, de la gomme arabique et bien d’autres produits. Selon elle, « elle n’est pas bien connue du grand public, mais la Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali connaît sa capacité, et surtout les agents qui y travaillent au compte de l’État. Je ne vais corrompre personne pour obtenir des voix. J’ai confiance en mes compétences. »
Pour attester qu’elle n’est pas à ignorer dans le domaine de l’exportation, elle a mentionné que « lors de la journée des exportateurs organisée par l’Agence de Promotion des Exportateurs du Mali l’année dernière, elle a été deuxième dans le domaine de l’exportation après la CMDT qui a occupé la première place dans la filière coton. »
Elle estime qu’elle occupe une place importante dans notre pays, car selon elle, « elle travaille avec plus de dix millions de personnes. Uniquement les femmes qui ramassent les noix de karité sont au nombre de cinq millions. Dans notre filière (soja, karité, sésame, gomme arabique), ce sont pratiquement sept filières qui sont le poumon même du Mali. Nous avons des acheteurs fidèles. Dans tout le Mali, il n’y a pas une seule banque qui a des créances avec moi. Je suis à jour dans le paiement de mes impôts et taxes. L’État n’a aucun arriéré avec moi et j’emploie plus de 200 personnes. J’ai une seule entreprise, LAWAL INTERNATIONALE, qui est à jour à tous les niveaux. »
Quant à la mise en œuvre de son plan d’action si, elle est élue, Mme Kadiatou LAH dit avoir déjà les partenaires nécessaires. « J’ai déjà amené des partenaires au Mali, 4 partenaires internationaux dans ma filière qui est le karité. Ils sont présents depuis 28 ans. Tout le monde sait ce qu’ils ont réalisé dans ce domaine. J’en ai beaucoup d’autres encore. C’est pourquoi je me suis dit que si j’arrivais à accéder à la présidence de la CCIM, je compte faire venir tous mes partenaires internationaux pour booster notre économie. Il est vraiment temps qu’on aille vers ce changement. »
Comme solution concrète au problème des opérateurs, Mme Kadiatou Lah a un programme qui s’articule autour de 7 grands projets. L’un de ses projets, qu’elle a voulu nous confier après insistance, est la modernisation des marchés. « Le partenaire qui est prêt à financer ce projet de modernisation des grands marchés de la capitale Bamako et des régions n’attend que mon élection à la tête de la CCIM pour commencer ces travaux », a-t-elle dévoilé, avant de nous confier qu’elle procèdera dans les prochains jours à la publication de sa liste et de son programme pour les opérateurs et l’ensemble des Maliens.
Alors que le scrutin approche, il est impératif que les électeurs prennent conscience des véritables compétences de ces candidats. La CCIM mérite un leadership solide, éclairé et compétent, capable de répondre aux défis actuels du secteur économique malien. Les opérateurs économiques doivent s’interroger : voulons-nous confier l’avenir de la CCIM à des candidats dont les compétences sont discutables ? Le 8 février 2026, le choix devra être fait avec discernement.
A suivre….
Albadia DICKO
Kaloum info du jeudi 8 janvier 2026
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