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COMMUNICATION GOUVERNEMENTAL, MELANGE DE GENRE : Les incohérences d’un ministre iconoclaste aux abois

À l’issue d’un atelier sur le renforcement des capacités en communication gouvernementale, le ministre Alhamdou Ag Ilyène a provoqué de vives réactions en comparant les journalistes aux influenceurs des réseaux sociaux. Il s’est délibérément affiché comme celui qui est hostile à la traditionnelle presse classique et cherche à la mettre dans une camisole de force au profit de ce qu’il appelle les nouveaux médias (vidéomens).

Dans le cadre des journées de renforcement des compétences pour appuyer la communication gouvernementale, le ministre iconoclaste chargé de la communication, de l’Economie Numérique et de la Modernisation de l’Administration a souligné l’importance cruciale de la communication dans le processus de refondation du pays. « Le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, a instruit le gouvernement de répondre aux besoins de la population malienne. La communication est essentielle pour informer le peuple et assurer la redevabilité », va-t-il déclaré au moment où il n’accorde que peu d’importance au professionnels du domaine. « Je sais que les médias traditionnels font leur devoir de collecter l’information, de la vérifier, de la traiter et de la transmettre dans un langage accessible à tous, donc, ça prendra du temps. Les réseaux sociaux ont plus de facilité que vous. C’est à vous de vous adapter », affirme le ministre de la communication oubliant qu’il demande ainsi aux professionnels de se soustraire de leur mission de traitement et de leur notion académique au profit de la rapidité, du buzz et de l’émotionnel.

En effet, ces journées avaient pour objectif de doter les membres du gouvernement des outils nécessaires pour sensibiliser et échanger avec la population, les médias et d’autres acteurs. Ce qui a motivé le dévouement de certains confrères pendant trois jours d’intenses réflexions et de travaux de groupe rigoureux.

Cependant, après l’adoption de recommandations significatives destinées à renforcer la communication gouvernementale en cette période de guerre informationnelle, un incident fâcheux s’est produit lors du discours de clôture. Le ministre iconoclaste de la Communication a, par ses propos, mis les pieds dans le plat en rabaissant la fonction journalistique à celle d’un simple communicant, la réduisant à l’échelon des acteurs des réseaux sociaux. En affirmant haut et fort qu’ils ne feront plus la différence entre les journalistes et les réseaux sociaux, il a provoqué un choc dans l’assemblée.

À ces mots, les experts présents ont sursauté, pensant que le ministre Ilyène méconnaissait la véritable fonction du journaliste pour oser la comparer à celle d’un simple animateur des réseaux sociaux. Pourtant, loin de là, il avait précisé les contours de cette noble fonction. Il a solennellement déclaré que les réseaux sociaux font partie intégrante de la famille de la communication, ajoutant avec une pointe d’ironie : « Il faut les accueillir avec beaucoup de plaisir. Il faut échanger entre vous. » Il a également loué les réseaux sociaux pour leur capacité à favoriser les échanges et à atteindre d’autres milieux. « Certes, sur Facebook, nous avons des millions de faux amis, mais nous pouvons toujours communiquer entre nous. »

Le ministre Alhamdou Ag Ilyène a exprimé son souhait que, au Mali, tous soient considérés comme des communicants, précisant que la distinction se fera sur la qualité et la rapidité de l’information. Pour conclure son plaidoyer, il a défendu les réseaux sociaux en affirmant : « on nous dit que les réseaux sociaux véhiculent des mensonges, mais il y a aussi des journalistes qui véhiculent des mensonges. Il y’a des menteurs partout comme il y’a des bons partout… » Ce rabaissement du journalisme a été particulièrement flagrant, surtout de la part de celui qui est chargé de conduire la politique nationale de communication. Comme le dit le proverbe, « il faut appeler un chat un chat ».

De plus, il semble que la formation destinée aux acteurs médiatiques ait été conçue de manière délibérée, incluant des vidéomans et seulement quelques journalistes, laissant ainsi une grande partie de la presse traditionnelle à l’écart. Cette exclusion soulève des interrogations quant à la volonté réelle du gouvernement de collaborer avec l’ensemble des journalistes, alors que la presse malienne souffre d’un manque de soutien et de réformes. Comme le dit le proverbe, « l’union fait la force », et il est essentiel que toutes les voix soient entendues pour construire un avenir meilleur.
Force est de rappeler que ces dernières années, la presse malienne a été confrontée à de nombreuses injustices, avec des sources de revenus bloquées et une unité délibérément détruite. Les journalistes sont souvent perçus comme des citoyens indifférents à leur pays, alors qu’ils s’efforcent de remplir leur mission d’informer le peuple. La situation actuelle, marquée par des contrats résiliés et des difficultés de paiement, met en péril l’existence même des entreprises de presse.
Face à cette frustration croissante des journalistes, qui se sentent remplacés par des vidéoman, la question se pose : la communication gouvernementale sera-t-elle réellement efficace ?

Les autorités doivent comprendre que la mission de la presse n’est pas de se soumettre à l’État, mais de veiller au bon fonctionnement de la République, conformément à la Constitution et aux lois. La presse, bien que souffrante, demeure déterminée à défendre son rôle régalien dans la société comme le fait l’armée.

Albadia DICKO

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