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Corruption, Escroquerie et le Mali Kura: Quand ça devient un mode de vie

Ce fléau qui gangrène tous les secteurs, de l’administration à la justice, et qui menace l’avenir de toute une nation en quête de transparence et d’intégrité, on peut l’affirmer sans détours, la corruption et l’escroquerie sont devenues un mode de vie au Mali. Elle s’est d’abord imposée et désormais plusieurs formes d’escroquerie se sont ajoutées.

Il y a-t-il un seul secteur de la vie dans ce pays qui échappe à la corruption ? Non. Administrations publiques, entreprises privées, justice, police, armée, sports, santé, éducation, transport, services décentralisés, et même les églises, les mosquées sont souvent concernées. Là où se trouve un intérêt, il y a toujours la corruption, une obligation de donner des dessous de table, des pots de vin, ‘‘la bière’’, ‘‘le carburant’’, ou ‘‘déposer une pierre’’ sur un dossier avant d’attendre un bon résultat.

  Ce problème persistant au Mali, comme dans de nombreux pays, doit être traité à la base puisque plusieurs affaires du genre ont été signalées entre 2021 et 2025. Voici quelques exemples notables :

Affaire des marchés publics : En 2021, des allégations de corruption concernant des marchés publics attribués à des entreprises proches de certains responsables gouvernementaux ont retenu l’attention des concitoyens. Des enquêtes ont été ouvertes pour examiner les irrégularités dans l’attribution de contrats, notamment dans les secteurs de la construction et des infrastructures.

Scandale de la gestion des fonds COVID-19 : En 2021, des rapports ont révélé des détournements de fonds destinés à la lutte contre la pandémie de COVID-19. Des responsables de la santé publique ont été accusés d’avoir mal géré les ressources allouées, entraînant des pertes financières significatives.

Affaire des bourses d’études : En 2022, des accusations ont été portées contre des responsables gouvernementaux pour avoir détourné des fonds destinés à des bourses d’études pour les étudiants maliens à l’étranger. Des enquêtes ont été ouvertes pour déterminer l’ampleur de la fraude.

Corruption dans le secteur minier : Le secteur minier, qui représente une part importante de l’économie malienne, a été le théâtre de plusieurs scandales de corruption. Des rapports ont mis en lumière des pratiques de corruption dans l’attribution de permis d’exploitation minière, impliquant des fonctionnaires et des entreprises privées.

Enquête sur la gestion des ressources publiques : En 2023, la Cour suprême du Mali a lancé une enquête sur la gestion des ressources publiques, suite à des allégations de détournement de fonds dans plusieurs ministères. Cette enquête a révélé des irrégularités dans la gestion des budgets alloués à divers projets gouvernementaux.

Affaire des équipements militaires : En 2024, des allégations de corruption ont été formulées concernant l’achat d’équipements militaires. Des responsables militaires ont été accusés d’avoir surfacturé des contrats d’achat, entraînant des pertes financières pour l’État.

Ces exemples illustrent parfaitement l’ampleur de la corruption dans notre société. Les efforts pour lutter contre ce fléau incluent des enquêtes judiciaires, des réformes institutionnelles et des initiatives de transparence, mais la mise en œuvre effective de ces mesures reste un défi énorme pour le pays.

Pourquoi une telle situation ? Les gens expliquent que les salaires sont très bas, les emplois sont rares, les activités dans le secteur privé ne marchent pas. Quand tout va mal et les problèmes s’accumulent, il faut trouver autrement l’argent pour gérer les fins de mois.

Selon Moussa Diarra, un commerçant à Yirimadjo, il sera très difficile de combattre ce phénomène car, “qui est honnête et essaie de suivre la voie normale parait comme un idiot. Il perd son temps, fait des allers-retours inutiles et donne finalement l’impression de déranger. Ses amis, ses proches, ses collègues lui rappellent d’arrêter d’être ridicule”. 

Un autre citoyen, Souleymane Sangaré dira que “la corruption est devenue une règle, une habitude, un réflexe que même les plus petits pratiquent, à force de voir les parents, les adultes, les patrons, les leaders, s’y adonner”.

Selon lui, on évalue désormais le niveau d’intelligence sur la base de la capacité à corrompre et à être corrompu sans laisser de traces. Les incorruptibles et ceux qui refusent de corrompre sont considérés comme bêtes, naïfs, et sans ambition. Les valeurs de la droiture, de la vérité, du mérite sont dépassées. L’exemple est souvent donné par les responsables à tous les niveaux de décision dans le pays. Un constat que les différents rapports du Bureau du Vérificateur Général confirment.

En effet, voici un condensé des différents rapports du Bureau du Vérificateur Général du Mali de 2021 à 2025, mettant en lumière l’implication des décideurs dans ce phénomène :

Rapport 2021

Gestion des ressources publiques, marchés publics, et utilisation des fonds COVID-19.

Constatations : Des irrégularités dans l’attribution de marchés publics ont été identifiées, avec des cas de favoritisme et de manque de transparence. La gestion des fonds alloués à la lutte contre la COVID-19 a révélé des détournements et des dépenses non justifiées.

Rapport 2022

Secteur de la santé, bourses d’études, et gestion des ressources humaines.

Constatations : Des abus dans la gestion des bourses d’études ont été signalés, avec des fonds détournés au profit de responsables. Des irrégularités dans la gestion des ressources humaines ont également été mises en lumière, notamment des recrutements non conformes aux procédures.

Rapport 2023

Secteur minier, gestion des projets d’infrastructure, et finances publiques.

Constatations : Des cas de corruption dans l’attribution de permis d’exploitation minière ont été identifiés, ainsi que des irrégularités dans la gestion des projets d’infrastructure, entraînant des surcoûts significatifs. La gestion des finances publiques a également été jugée déficiente.

Rapport 2024

Équipements militaires, coopération internationale, et aide humanitaire.

Constatations : Des allégations de surfacturation dans l’achat d’équipements militaires ont été rapportées. La gestion de l’aide humanitaire a également révélé des problèmes de transparence et de distribution.

Rapport 2025

Thèmes principaux : Évaluation des réformes, lutte contre la corruption, et gouvernance.

Constatations : Bien que des progrès aient été réalisés dans la mise en œuvre de certaines réformes, des défis persistent en matière de lutte contre la corruption et de gouvernance. Les mécanismes de contrôle restent insuffisants.

Ces rapports du Bureau du Vérificateur Général de 2021 à 2025 mettent en évidence des problèmes systémiques de gestion des ressources publiques, de corruption et de manque de transparence.

A la lumière de ces preuves, si le Mali veut réellement lutter contre la corruption, l’Etat doit renforcer les mécanismes de contrôle, améliorer la gouvernance et promouvoir une culture de responsabilité au sein des institutions publiques. Ce qui va même améliorer la situation économique et sociale du pays.

Pour le citoyen lambda, il doit se défaire de cette idée “celui qui a des ambitions ou qui veut être au moins sûr de ramener du pain à la maison doit comprendre que la corruption fait partie des conditions à remplir” et être prédisposé à dénoncer toute forme de corruption.

Force est de reconnaître qu’un grand nombre de Malien vivent couverts de dettes sans perspective d’amélioration de leur situation. Les prix des produits de première nécessité augmentent sans cesse. Les coûts du loyer, du déplacement, de la nourriture, des péages, de la scolarité, des soins de santé flambent.

Pour sauver le Mali et le faire progresser, il faut aider les citoyens à redevenir honnêtes, à vivre convenablement. Cependant, la question est de savoir comment moraliser la vie publique quand la corruption est si flagrante, si généralisée, si aggravée et perçue comme normale, même par certains dirigeants du pays ?

Issa FOMBA

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