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DERIVES SUR LES RESEAUX SOCIAUX : la recette de Abdoulaye Guindo, spécialiste en éducation numérique

Au Mali, les réseaux sociaux sont devenus à la fois un espace d’expression et un foyer de dérives inquiétantes. Entre 2020 et 2024, plusieurs crises politiques et sociales ont été amplifiées par la diffusion de fausses informations, de discours de haine et d’atteintes à la vie privée. Sans cadre de régulation clair, les contenus circulent librement, parfois avec des conséquences désastreuses.

 Actuellement, aucun texte ne régit spécifiquement l’usage des réseaux sociaux au Mali. Bien que le Code pénal et la loi sur la cybercriminalité, adoptée en 2019, sanctionnent certains délits, ils ne prévoient ni mécanisme de prévention ni véritable responsabilisation des acteurs numériques. Les plateformes sont donc livrées à elles-mêmes, et les utilisateurs manquent de repères et de protections claires. Face à ces dérives, M. Abdoulaye Guindo, Coordinateur de la plateforme Benbere et spécialiste en éducation numérique propose sa recette.

Selon lui, il est d’abord essentiel de mener des campagnes d’éducation aux médias et à l’information pour expliquer les enjeux liés à la propagation de discours de haine sur les réseaux sociaux. Une fois cette sensibilisation effectuée, il sera nécessaire de passer à la répression en adaptant les lois aux réalités des réseaux sociaux.

« Bien qu’une loi sur la cybercriminalité existe, il est nécessaire de développer des lois spécifiques qui prennent en compte les particularités des réseaux sociaux afin de sanctionner ceux qui propagent sciemment des discours de haine », propose M. GUINDO.

La régulation de l’information sur les réseaux sociaux soulève de nombreux débats, notamment les enjeux démocratiques, sociaux et politiques. M. Guindo souligne que les réseaux sociaux ont démocratisé le débat en permettant à tous les citoyens de s’exprimer. Cependant, cette démocratisation pose la question de la régulation.

Il indique que les plateformes régulent les discussions, mais souvent en ne tenant pas compte des langues locales, à l’exception du français et de l’anglais. Cela exclut certaines populations du débat, car selon lui, elles ne comprennent pas les conditions imposées par ces plateformes. « Cette barrière linguistique conduit à une censure involontaire, laissant certaines communautés en dehors des discussions ».

De plus, il constate que dans certains pays, des lois sur la cybercriminalité ont conduit à une autocensure, notamment chez ceux qui prennent des positions contraires aux autorités. Cela soulève des préoccupations concernant la démocratisation de l’espace public.

En matière de liberté d’expression, M. Guindo propose une modération qui prend en compte l’opinion de tous. Les États doivent encourager les géants du web à intégrer les langues locales et à être impartiaux dans la régulation des discours, tout en respectant les lois nationales.

En effet, les réseaux sociaux jouent un rôle important dans le débat public et la formation de l’opinion au Mali. La réflexion sur la régulation des plateformes n’arrive-t-elle pas trop tard face à cette réalité déjà bien installée ?

Pour répondre à cette interrogation, M. Guindo a laissé entendre que « la régulation ne vient pas trop tard ; il est toujours temps d’agir. Il est nécessaire d’impliquer tous les acteurs, y compris les utilisateurs et les géants du web, afin d’identifier les difficultés de la modération et d’élaborer des solutions efficaces ».

Le Coordinateur Abdoulaye Guindo insiste sur l’urgence de mettre cette question sur la table, car les discours de haine se propagent, amplifiant les conflits au Mali et créant des divisions entre les communautés.

Issa FOMBA

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