Edito : Redresser le godet
Trois ans après, l’heure est-il à l’évaluation des acquis de cette période d’exception dans la vie de la Nation ? Les avis peuvent être différents pour la simple raison que ce temps de transition est subdivisible en plusieurs parties et chaque moment a ses propres réalités jugeables par telle ou telle thèse.
Ce n’est ni le moment ni le lieu de faire le procès du pouvoir militaire mais par bon sens il est louable de faire un bilan à mi-parcours et ce jugement extérieur, sous forme d’ordonnance permettra aux dirigeants de voir le mal, savoir son degré et s’atteler à apporter les solutions appropriées.
Disons-nous les choses en toute franchise, la transition a engrangé des résultats fort louables surtout dans le secteur de la Défense. Mais une évidence est à souligner aussi. Plusieurs secteurs sont paralysés et les méfaits sont patents.
Comment cela a bien pu se passer ? Et pourtant, les autorités de la transition, après la prise du pouvoir, avaient atteint un niveau de popularité inédit pour les faits suivants : avec le coup d’Etat, ils venaient de débarrasser le Mali d’un régime incompétent ; les décisions courageuses adoptées face aux puissances étrangères et régionales, aux forces déployées au Mali au compte des Nations Unies et enfin face aux ONG soupçonnées de canal de financement du terrorisme. En marge de ces décisions hautement significatives, la lutte contre la corruption interprétée de diverses manières a donné aussi un point de plus à la nouvelle vision.
Quelques temps après, la remarque est tout autre pour cause : la cherté de la vie, la coupure d’électricité, les enlèvements, les emprisonnements, la dissolution de mouvements, la contrainte imposée à certains d’aller à l’exil… Et ce qui est plus remarquable, tenez-vous bien, la plupart des gens qui sont victimes ces derniers temps de cette persécution qui ne dit pas son étaient des soutiens indéfectibles à la transition. Pour des avis contraires parce que les choses ne se passent pas comme souhaité, ils subissent les conséquences de leurs mots.
Aujourd’hui, la remarque indiscutable est que la transition n’a plus de soutien qui peut être un bouclier lorsqu’elle aura affaire à un adversaire intérieur ou extérieur de taille car ce qui est arrivé aux responsables de certains mouvements a poussé les autres à se recroqueviller sur eux-mêmes par peur de subir les conséquences de leurs idées.
Du coup, le lot des désespérés s’agrandit et le silence constaté n’est pas du tout synonyme d’adhésion à la cause de la transition, mais le contraire. Et ce qui est à craindre, c’est la connexion entre les victimes de la transition (celles qui sont au Mali et celles qui ont dû quitter le pays par peur de subir des actes désastreux sur leurs vies).
Il faut le dire, la trajectoire empruntée, en ce moment, n’est pas du tout bonne. Les autorités doivent vite réajuster les choses tout en faisant appel à tout le monde, du moins à une bonne partie du peuple malien. Cela doit commencer par la matérialisation d’un plan clair de sortie de transition, la restauration du climat de confiance, l’arrêt immédiat des actes judiciaires qui peuvent être gérés à un autre niveau et des cas extrajudiciaires qui conduisent souvent à l’irréparable, dernier fait souligné qui ternit dangereusement l’image de la transition.
Qu’ils le comprennent et l’adoptent dans leurs missions de tous les jours, une transition efficace, c’est celle qui a pour poutre son peuple sans distinction aucune ; c’est celle qui protège son peuple.
Alors qu’elles (autorités) redressent le godet pendant qu’il est temps afin de sauver son contenu. Plus de temps à perdre car ce qui lorgne le Mali n’est pas du tout bon.
Boubacar YALKOUE
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