Point de vue

Retrait du Mali de la CEDEAO : Pour l’histoire, je ne suis pas d’accord

Il pleut des bombes dans la grande maison de la Cedeao,

Sage décision ou suicide, l’avenir nous le dira.

Pour l’heure, face à la gravité de l’acte et aux défis de nos Etats, la réflexion s’impose, non pas pour polémiquer ou pour simplement exister comme il est de coutume de plus en plus dans le débat public, mais pour plutôt apprécier en prenant toute la hauteur de vue et l’objectivité qui sied en de telles circonstances.

Il pleut en effet, des bombes dans la maison commune censée aider la réalisation de l’intégration économique, politique et sociale des États d’Afrique de l’Ouest.

À travers un communiqué largué conjointement, et lu à la télévision d’Etat, le Burkina, le Mali et le Niger ont décidé d’un retrait immédiat de l’organisation le dimanche 28 janvier 2024.

Efficacité

Depuis le renversement des régimes démocratiques et la prise du pouvoir par les militaires, les rapports entre ladite organisation et les dirigeants de ces Etats étaient tendus, exécrables se résumant à un dialogue de sourds. Inutile de refaire la chronologie succincte des faits, passons vite à l’essentiel.

Cette décision sera certes applaudie par une large partie des populations de ces Etats, cependant une décision politique ne se mesure pas à l’aune du nombre des applaudissements en sa faveur, mais à son opportunité et à son efficacité.

Il est évident que toute rupture entraîne des conséquences chez chacune des parties. Si elles ont des choses à gagner en s’associant, elles ont également des choses à perdre en y mettant fin.

Cependant, le cœur du problème est de déterminer chez qui, ladite mesure est susceptible d’entraîner les conséquences les plus graves.

Retrait définitif

Aux aurores de cette analyse, deux choses nous paraissent donc essentielles et qu’on ne peut occulter : la géographie et la nécessité de l’union.

Quelles que soient les divergences politiques avec les États voisins, on ne peut ni changer la géographie ni vivre en autarcie ou dans une union cloisonnée. C’est une réalité indéniable.

Nous passons sur les questions de forme dont on laisse le soin aux juristes d’apprécier. Mais déjà, on sait la valeur d’une déclaration qui n’est pas la force juridique que chacun connaît. Le retrait impose une notification écrite (rectifié dans la foulée) et un délai annuel pour permettre le retrait définitif.

De même, aucun retrait immédiat n’est possible et les États continuent à être soumis à leurs obligations conventionnelles (art. 91 du traité révisé). La loi est dure mais c’est la loi.

Sur le fond concrètement, ce retrait s’il est acté va bouleverser sans doute l’équilibre géopolitique de la région mais également son équilibre économique. Les Etats du Mali, du Burkina et du Niger qui sont déjà dans une situation de grande précarité économique ne peuvent pas se permettre de renoncer aux avantages (économiques, douaniers, financiers etc.) que procure l’organisation quels que soient les griefs qu’on peut lui opposer.

Circulation des personnes et des biens

Rien que pour le Mali, la très forte communauté de maliens vivant en Côte d’Ivoire pourrait se voir contrainte à la soumission aux mesures d’immigration applicables aux pays tiers ou ceux qui ne sont pas déjà présents sur le territoire soumis à des règles de visa. Or même si l’Etat du Mali voudra exercer des mesures de rétorsion comme elle en a fait sa doctrine, du fait de l’immigration massive des Maliens en Côte d’Ivoire qui n’est pas proportionnelle au nombre d’ivoiriens immigrants au Mali, la mesure n’aura pas l’efficacité voulue. La politique, c’est partir du réel pour aller à l’idéal, pour reprendre Jaurès.

Ensuite, les ressortissants de ces différents pays pouvaient se déplacer avec un passeport harmonisé conforme aux règles de sûreté et standards internationaux applicables en la matière, qui a l’avantage de présenter une meilleure sécurité auprès des États tiers. Cela est considérable en termes de liberté de circulation.

Aussi, on se heurte à un problème majeur, celui de l’enclavement. Les 3 pays n’ont aucun débouché sur la mer. Si la Guinée permet en outre de pallier à une partie du problème en ouvrant grandement son port par solidarité, ceux d’Abidjan, de Dakar, de Lomé ou de Cotonou représentent pour le Mali, les points de passage essentiels à son économie. La question est vitale pour un pays dont le commerce est la principale activité.

La décision peut donc séduire et séduit certainement sur fond de détestation de la CEDEAO qui a mauvaise presse auprès des populations.

Élections

Mais l’histoire nous invite à réfléchir. La plupart des Etats critiquent les organisations dans lesquelles ils sont sans pour autant les quitter. Si toute organisation est imparfaite en soi, il vaut mieux en faire partie que de se mettre à l’écart.

Beaucoup d’observateurs se posent la question si derrière ce largage se trouve la volonté de se libérer de ses obligations envers la CEDEAO et notamment la question épineuse des élections ?

Si c’est le cas, cela n’augure rien de bon car elle confirmerait la volonté des militaires de se maintenir longtemps au pouvoir.

De toutes les façons, n’oublions jamais que l’intérêt de l’Etat ne mérite pas d’être sacrifié sur l’autel des calculs politiques.

L’excès est toujours insignifiant et les applaudissements toujours éphémères.

Au lieu d’accabler la CEDEAO de tous les maux, la meilleure réponse se trouve dans l’organisation des élections libres et transparentes, car les militaires ne pourront pas rester indéfiniment au pouvoir.

Je suis impuissant et je ne peux que prier d’avoir tort.

Hamidou Doumbia


En savoir plus sur Walan plus

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *