Point de vue

Sénégal report de l’élection présidentielle de février 2024, ou selon l’adage, « à malin, malin et demi » ! si non, chez nos voisins ivoiriens, « cabri mort n’a pas peur de couteau »

Il est de notoriété publique et historiquement fondé, que dans l’espace CEDEAO, les présidents Macky Sall du Sénégal et Alassane Dramane Ouattara de la Côte d’Ivoire sont les gardiens zélés des intérêts des pays occidentaux et de leur structure militaire qu’est l’OTAN. Cela ne fait aucun doute, puisqu’ils sont dans la continuité, avec moins d’intelligence et plus de voracité, de nos illustres pères de l’indépendance que sont Léopold Sedar Senghor [Sénégal] et Phelix Houphouet-Boigny [Côte d’Ivoire]. Les deux illustres pères de l’indépendance ont brillé, l’un pour avoir cassé la Fédération du Mali et mis sous éteignoir le savant panafricaniste Cheick Anta Diop. L’autre, pour avoir conçu et faire voter à l’assemblée nationale française la loi portant création de l’OCRS, qui devait faire du Sahara un Département français d’outre-mer. Le faisant, le député français, Phélix Houphouet-Boigny a semé à Kidal, le germe de la rébellion, sous tendue par la lettre raciste du Cadi de Tombouctou [rappelée dans la plateforme politique du MNLA], rédigée en 1958 par le colon français, et adressée au Général De Gaule.

Les deux [Léopold Sedar Senghor et Phélix Houphouet-Boigny] ont œuvré de 1962 à 1963 dans le groupe des présidents africains, pères de l’indépendance, dit de Monrovia pour la création de l’OUA en 1963, sous sa forme constitutive de micro-états indépendants, qui se mua en Union Africaine, avec des organisations sous régionales tout aussi disjointes comme la CEDEAO, la CEMAC, la SADC, etc… Les deux, ont farouchement combattu les présidents et Roi panafricanistes qu’étaient Kwame Nkrumah, Gamal Abdel Nasser, Modibo Kéïta, Ahmed Sekou Touré, Hassan II. Eux, dits du groupe de Casablanca, voulaient une Afrique fédérale, avec un gouvernement fédéral, une armée et une diplomatie. Ils ne voulaient pas des organisations sous régionales qui divisent.

Les deux [Senhor et Houphouet-Boigny] ont toujours été soutenus par les puissances occidentales, l’Europe, les États-Unis d’Amérique et L’OTAN. Comme leurs créations, l’UA [qui ne prévoit son autonomie financière qu’à l’horizon 2030 ! ] et les Organisations sous régionales.

En droite ligne de cette réalité historique, ne sont admissibles et admis à la magistrature suprême de ces deux pays que celui ou celle qui a l’extrême onction de l’occident et de l’OTAN. C’est passé pour Alassane Dramane Ouattara, contre Laurent Gbagbo, le panafricaniste et bis repetita, à l’issue de son coup d’État constitutionnel. Malheureusement, ça coince pour Macky Sall, au plus mauvais moment, avec (i) la fronde des panafricanistes sénégalais, Ousmane Sonko en tête, (ii) la création de l’AES, (iii) la percée de la Fédération de Russie dans le pré carré français.

Alors, place aux hypothèses.

  1. Macky Sall, sous la pression de ses alliés, abandonne la stratégie du 3ème mandat et se désigne un dauphin. Ce dauphin ne fait pas l’unanimité au sein du parti au pouvoir.
  2. Les alliés [OTAN et occident] profitent de cette accalmie pour préparer l’attaque en règle des pays de l’AES dans un cadre légal, constitué de (i) l’appartenance des trois pays de l’AES à la CEDEAO, (ii) l’accord scelerat et incongru CEDEAO-OTAN pour soi-disant lutter contre le terrorisme et les changements climatiques ! Quel rapport ? (iii) la loi du Sénat américain d’avril 2022 relatives aux ressources stratégiques du sous-sol africain.
  3. Le retrait des pays de l’AES de la CEDEAO, met en mal cette stratégie et il n’est pas certain que la Russie et la Chine se fassent avoir encore au Conseil de Sécurité de l’ONU, comme ce fut le cas pour l’Irak.
  4. Une évaluation objective des forces et faiblesses des différents candidats en lice pour l’élection présidentielle au Sénégal, donne perdant le dauphin de Macky Sall. Alors, le regard des alliés se tourne vers Karim Wade dont le père a appuyé bruyamment l’OTAN pour casser la Libye. De cela, les africains n’en parlent pas beaucoup ! Le père Wade a été fidèle, pourquoi le fils ne le serait-il pas contre l’AES ? Ne dit-on pas, tel père, tel fils ? Alors, Karim Wade introduit une requête pour un audit de la cour constitutionnelle, le grain de sable sensé gripper la machine, faire revenir Karim Wade dans le jeu et le faire plébisciter. Une porte de sortie honorable est déjà préparée par Macron pour Macky Sall.
  5. C’est méconnaître la bête politique Macky Sall, « le malin et demi », « le cabri mort » qui profite de l’occasion pour créer un désordre indescriptible par l’annulation, sine die, du décret relatif à l’élection présidentielle. Il reprend la main et veut rester maître de son destin. Il oublie seulement que là, il se met à dos deux entités aux intérêts diamétralement opposés : le peuple et l’OTAN.
  6. La suite ? Deux voies possibles. (i) La première est celle classique du coup d’État françafricain, comme au Gabon, où un militaire aux ordres va s’arroger les prérogatives de président et sauver les meubles pour l’OTAN. (ii) La deuxième alternative, c’est qu’un militaire patriote, panafricain remette le Sénégal dans le giron du panafricanisme qu’il n’aurait jamais dû quitter, celui de la construction de la conscience collective combattante de l’Afrique, préconisée par Cheick Anta Diop [Antériorité des civilisations nègres, Nations nègres et culture, Fondements économiques et culturels d’une Afrique fédérale] et cette Afrique fédérale, ouverte au monde, sûre et fière de sa place dans l’histoire de l’humanité.

Les débats sont ouverts.

Seydou Traoré

Ancien ministre Mali, 2002 2007 Chevalier de l’Ordre National du Mali, 2009


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