Jeunesse et emploi : Ces jeunes entrepreneurs qui créent leurs propres opportunités
Face aux difficultés d’accès à l’emploi, de nombreux jeunes Maliens lancent leur entreprise pour transformer leurs compétences, leurs passions et leurs idées en activités concrètes. Une voie pour construire leur avenir, mais qui est semée d’embûches : de la première idée à la création d’une activité pérenne, les défis sont nombreux.
Certains lancent leur activité à partir d’une passion, d’autres cherchent à développer une source de revenus en parallèle de leurs études, tandis que certains choisissent l’innovation et le numérique pour répondre à des besoins identifiés dans leur environnement. Cette jeunesse qui jongle entre études, passion et entrepreneuriat se retrouve au cœur de nombreux défis.
Pour cette jeune étudiante passionnée par la pâtisserie qui lance son business, Habiba Diallo, « l’idée est venue du fait que j’ai reçu ma bourse et je voulais faire une formation dans mon domaine (Architecture chez Doniya classroom). Et après, j’ai réfléchi et je me suis dit : pourquoi ne pas investir pour avoir plus et pouvoir m’offrir une formation au-delà de cela ? Et vu que j’avais déjà un amour fou pour la pâtisserie, alors j’ai décidé de commencer par ça. En payant une machine déjà et deux ou trois choses pour un début. Et au fur et à mesure, j’ai acheté d’autres petits matériels pour me faciliter l’exécution. Car ce n’est pas évident aussi de faire de la restauration en même temps que les cours ».
Mais entreprendre tout en poursuivant ses études impose également une organisation particulière. La gestion du temps, le manque de matériel et la recherche de nouveaux clients font partie des difficultés auxquelles cette jeunesse est confrontée. Mme Diallo ajoute que « la difficulté que j’ai, je dirais vraiment que c’est l’organisation au niveau personnel, avec les études ce n’est pas facile. Donc il me faut un peu plus de matériel pour faciliter cela. La vraie difficulté que j’ai, je dirais que c’est le fait d’élargir la clientèle et surtout de décrocher des marchés avec des entreprises dans le cadre de formations, conférences, etc. » Avant de terminer, elle conseille « je dirais qu’il faut oser se lancer, mais avant tout, examiner d’abord tous les contours. L’entrepreneuriat ce n’est pas évident, c’est très souvent des nuits blanches. Exemple : moi, je prépare mes commandes souvent jusqu’à 3 h alors que j’ai cours le lendemain à 8 h, donc ça demande vraiment beaucoup de cardio et de savoir tenir également. À celles qui veulent se lancer, je dirais : foncez, mais pas aveuglément ».
L’entrepreneuriat prend une autre dimension avec Digital Skills, une structure basée à Bamako et spécialisée dans les services et formations numériques. Création de sites web, communication visuelle, bureautique, productivité, prise de parole, leadership et compétences numériques. L’activité cherche à répondre aux besoins de particuliers, d’entrepreneurs, d’associations, d’écoles et de petites et moyennes entreprises.
Pour ce jeune diplômé, Virgile Fred Adingbannon, « l’idée de créer Digital Skills est partie d’un constat simple : beaucoup de personnes ont des idées, des projets et des ambitions, mais ne disposent pas toujours des outils ou des compétences nécessaires pour les concrétiser. J’ai donc voulu créer une structure capable de rapprocher la technologie des besoins réels des gens, avec des solutions simples, accessibles et utiles ».
Entreprendre est-il un choix ou une réponse aux difficultés d’accès à l’emploi ?
Pour Virgile Fred Adingbannon, les deux réalités peuvent se rejoindre. L’objectif n’est pas seulement de créer une activité pour soi, mais également de construire progressivement quelque chose qui pourrait permettre, à terme, de créer des opportunités pour d’autres. « Pour moi, c’est à la fois un choix et une réponse à une réalité. L’accès à l’emploi peut être difficile pour beaucoup de jeunes, mais je ne voulais pas simplement attendre qu’une opportunité professionnelle se présente. J’ai préféré réfléchir à ce que je pouvais créer moi-même à partir de mes compétences, de mes idées et des besoins que j’observe autour de moi. Entreprendre, c’est aussi accepter de prendre des responsabilités, de chercher des solutions et de créer sa propre dynamique. Avec Digital Skills, mon objectif est donc de construire quelque chose de durable, tout en montrant qu’un jeune peut également être créateur de solutions et, à terme, créateur d’opportunités pour d’autres ».
Avant de terminer, il évoque le besoin d’aide que l’État peut apporter à la jeunesse. « L’État et les structures d’accompagnement pourraient renforcer les dispositifs qui permettent aux jeunes entrepreneurs d’être accompagnés concrètement, pas seulement au moment de la création, mais également pendant les premières années, qui sont souvent les plus difficiles. Il serait également important de développer davantage les formations pratiques, le mentorat, l’accès au financement adapté et les opportunités de mise en relation avec des clients, des entreprises et d’autres entrepreneurs ».
Lorsque la technologie et l’innovation sont à leur disposition, cette jeunesse est motivée par l’envie d’avancer, d’évoluer et de développer des solutions à de sérieux problèmes sociétaux.
N’Doba Diarra, jeune entrepreneur malien, est le fondateur de Doniblon, une solution numérique dédiée à l’éducation et à la formation. Son projet vise notamment à faciliter l’accès au savoir grâce au numérique et aux langues locales. Une démarche qui cherche à réduire certaines barrières linguistiques dans l’éducation et à rendre les ressources éducatives plus accessibles.
« Doniblon facilite l’accès au savoir grâce au numérique et aux langues locales. Notre objectif est de réduire les barrières linguistiques dans l’éducation et de rendre les ressources éducatives plus accessibles. J’ai choisi la technologie et l’éducation parce que je voulais utiliser mes compétences pour résoudre des problèmes réels et créer une solution adaptée aux réalités africaines », a expliqué M. DIARRA.
Dans le secteur technologique, comme dans d’autres domaines, l’idée doit encore parvenir à franchir plusieurs étapes avant de devenir une activité durable. Le financement, l’accès aux ressources technologiques, la sensibilisation du public et l’adoption de nouvelles solutions figurent parmi les principales difficultés rencontrées.
Selon M. Diarra, « les principales difficultés sont le financement, l’accès aux ressources technologiques, la sensibilisation du public et l’adoption de nouvelles solutions ». Avant de finir, il ajoute : « Je vois l’entrepreneuriat des jeunes Maliens comme un secteur en pleine croissance, notamment grâce au numérique. Notre jeunesse a des idées et peut créer des solutions locales capables d’avoir un impact au-delà du Mali ».
Malgré la diversité de leurs activités, ces trois jeunes ont plusieurs préoccupations communes qui sont l’accès au financement, aux équipements, aux clients, aux compétences et à l’accompagnement multiforme qui constitue un enjeu important pour ceux qui souhaitent passer de l’idée à une activité viable.
Face aux difficultés rencontrées par les jeunes entrepreneurs, notamment en matière de financement, de formation et d’accès aux ressources, les structures d’accompagnement occupent une place importante.
Au Mali, l’Agence pour la Promotion de l’Emploi des Jeunes (APEJ) intervient dans ce domaine en soutenant les initiatives entrepreneuriales. Pour Casimir Sangala, chef de la Cellule Information et Communication de l’APEJ, l’entrepreneuriat des jeunes connaît une évolution liée aux mutations de l’économie et au développement du numérique.
Selon lui, « ces dernières années, certaines de ces tendances ont bien évolué et on assiste de plus en plus à des mutations profondes. Les jeunes, diplômés ou non, se forment davantage pour entreprendre ». Il souligne également les possibilités offertes par les nouvelles technologies. « Au-delà, les nouvelles technologies et l’écosystème du numérique offrent un éventail d’opportunités dans toutes les chaînes de valeur économique », a-t-il expliqué.
Pour accompagner les jeunes qui souhaitent concrétiser leurs idées, l’APEJ a mis en place un processus comprenant plusieurs étapes. Selon M. Sangala, « l’APEJ assiste les jeunes entrepreneurs potentiels pour qu’ils stabilisent leur idée de projet à travers un module de formation intitulé TRIE (Trouvez votre idée d’entreprise). Ensuite, ils suivent les modules de création et de gestion d’entreprise du programme GERME ».
Malgré ces dispositifs, le financement reste un défi pour de nombreux jeunes. Casimir Sangala reconnaît que « des efforts supplémentaires doivent être fournis de part et d’autre pour l’accès aux financements au regard de la forte demande en milieux rural et urbain ».
Les résultats communiqués par l’APEJ témoignent néanmoins de l’ampleur de ses interventions. Selon les données reçues de cet agent de l’APEJ, « 34 401 jeunes ont bénéficié des actions des axes opérationnels » de la composante consacrée au développement de l’esprit d’entreprise au cours des cinq dernières années. Parmi eux, 6 255 ont été formés aux modules de l’entrepreneuriat et 4 028 à la gestion d’entreprise et aux compétences de vie. L’Agence indique également que 250 jeunes ont bénéficié d’un mentorat auprès de structures d’accompagnement. Concernant le financement, Casimir Sangala indique que « 2 984 jeunes ont été financés pour un montant de 614 041 105 FCFA, 2 661 micro-entreprises financées et suivies et 1 406 kits de démarrage octroyés » figurent parmi les résultats enregistrés.
Pour le responsable, la réussite de l’entrepreneuriat des jeunes dépend également de leur engagement et de leur capacité à saisir les possibilités existantes. Il estime que « la première condition doit venir des jeunes eux-mêmes. Ils doivent croire en leur potentiel, leur savoir-faire et leurs capacités à entreprendre collectivement ou individuellement et à réussir ». Il ajoute que les jeunes doivent également « saisir les opportunités d’accompagnements financiers (accès au crédit) et non financiers (formations) qui leur sont offertes par les politiques publiques ».
Malgré ces difficultés, ces parcours témoignent d’une jeunesse qui ne souhaite pas seulement attendre une opportunité, mais qui cherche également à en créer. L’enjeu est désormais de permettre à ces initiatives de se développer durablement et de contribuer, à leur tour, à la création d’emplois et d’opportunités pour d’autres jeunes.
Coumba Dicko
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