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Gestion publique : Le Vérificateur Général remet les rapports 2024-2025 au Président Assimi Goïta, 40 dossiers transmis à la justice

Dans une démarche inédite, le Bureau du Vérificateur Général a présenté son double bilan annuel au Palais de Koulouba. Entre comptabilités défaillantes, fausses factures et recettes non recouvrées, le document met à nu les vulnérabilités de l’administration et déclenche l’ouverture de dizaines de procédures judiciaires financières.

C’est un événement qualifié d’inédit dans les annales du Bureau du Vérificateur Général (BVG). Le 14 octobre 2026, au Palais présidentiel de Koulouba, le Vérificateur Général, M. Abdoul Aziz Aguissa, a solennellement remis les rapports annuels des exercices 2024 et 2025 au Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta.

Cette double remise exceptionnelle s’explique par le changement de mandat survenu à la tête du BVG en 2025, année où le rapport 2024 aurait dû être initialement présenté. Au total, 94 missions de vérification ont été menées au cours de cette période biennale, marquant une offensive majeure en faveur de la transparence sous l’égide de la haute délégation du BVG.

Le Rapport annuel 2024 compile 44 missions de vérification, majoritairement axées sur des contrôles financiers et de conformité (28 missions), largement portées par des saisines (61 %). Il comprend également 3 vérifications de performance et 13 missions de suivi des recommandations.

M. Aguissa a tenu à saluer le travail de son prédécesseur, M. Samba Alhamdou Baby, soulignant son engagement dévoué et l’immense investissement intellectuel ayant permis la concrétisation de l’ensemble de ces enquêtes.

Rapport 2025 : Radiographie des failles de l’administration

Le Rapport de l’année 2025 passe à la vitesse supérieure en recensant 50 vérifications qui intègrent à la fois le programme d’action du BVG et de nombreuses saisines citoyennes ou institutionnelles. Ce volet met en lumière de lourdes irrégularités administratives au sein des entités publiques contrôlées :

  • 42 % des structures ne tiennent pas correctement leur comptabilité-matières ;
  • 21 % violent le principe fondamental de séparation des fonctions d’ordonnateur et de comptable public ;
  • 21 % ont illégalement ouvert des comptes bancaires sans l’aval du ministère des Finances ;
  • 17 % évoluent sans aucun manuel de procédures validé.

Fausses factures et déperditions : la justice financière saisie

Sur le plan financier, les constats sont alarmants. Les déperditions de ressources se divisent entre les erreurs de procédures dans l’exécution des dépenses (46 %) et les recettes non recouvrées ou détournées après encaissement (54 %).

Plus grave encore, dans 58 % des structures vérifiées, les gestionnaires publics ont tenté de dissimuler des dépenses à l’aide de pièces non conformes ou de fausses factures, tandis que la moitié des entités ont octroyé des avantages indus ou payé des dépenses inéligibles. Face à la gravité de ces faits, 40 dossiers sont d’ores et déjà en cours de traitement auprès du Procureur de la République Financier et du Président de la Section des Comptes de la Cour Suprême.

Toutefois, une lueur d’espoir subsiste concernant l’application des réformes : sur 161 recommandations émises par le BVG en 2025, 55 % ont été pleinement mises en œuvre par les gestionnaires, témoignant d’une réelle volonté de correction dans 11 des 16 structures concernées.

La bonne gouvernance comme « bouclier » du Mali Kura

Réagissant à ces conclusions, le Chef de l’État, le Général d’Armée Assimi Goïta, a insisté sur la nécessité d’une réponse méthodique : « les rapports de 2024 et 2025 font apparaître des insuffisances dans la gestion de plusieurs structures publiques. Ces constats nous interpellent et nous poussent à réagir. Notre ambition n’est pas d’attenter aux recommandations, mais de réduire progressivement les causes qui les rendent nécessaires. J’encourage à procéder à un examen méthodique des recommandations formulées, d’identifier les suites appropriées à leur donner et d’amorcer ainsi un suivi rigoureux en liaison avec les départements et structures concernés. ». Il a fermement instruit son gouvernement de mener un suivi rigoureux des manquements identifiés.

Le Président de la Transition a conclu la cérémonie en rappelant sa vision d’une administration moderne et responsable : « Le contrôle ne doit pas empêcher l’administration d’agir, il doit l’aider à mieux agir. Ensemble, au cœur du Mali Kura, faisons de la bonne gouvernance le bouclier de notre progrès ».

Dans les prochains jours, M. Abdoul Aziz Aguissa poursuivra sa tournée en présentant ces deux rapports au Premier ministre, au Président du Conseil National de Transition (CNT) ainsi qu’au Président de la Cour Suprême, avant leur publication officielle sur le site de l’institution.

Albadia DICKO


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