Crise au sein des établissements Rokia Traoré et Tata Sacho de Ségou : Apprenants et corps professoral en première ligne d’une gestion contestée
Dans la ville de Ségou, les établissements Rokia Traoré et Tata Sacho, dirigés par M. Tata Sacho, font face à une crise profonde qui soulève de vives inquiétudes parmi les élèves, les parents et le corps professoral. Les accusations de “mauvaise gestion” et “d’autoritarisme” du promoteur sont à la base des dysfonctionnements qui sont en train de compromettre l’éducation des jeunes étudiants et la carrière de certains enseignants.
En effet, de sources locales, nous apprenons que les programmes scolaires des élèves sont gravement perturbés, avec des cours qui s’interrompent en raison du non-paiement des chargés de cours. Cette situation a engendré un climat de méfiance entre le corps professoral et la direction, rendant difficile toute collaboration constructive.
Bakary Touré, chargé des cours de nutrition en classe de 3ème année fondamentale (infirmier) et en 2ème année du cycle supérieur, a effectué juste trois mois de travail et n’a pas reçu, jusqu’à présent, le moindre centime de son salaire. Selon lui, le 15 février marque exactement son 3ème mois dans ces établissements. “J’ai décidé d’arrêter de dispenser les cours il y a 3 semaines, car mon ami, qui est permanent et qui m’a mis en contact avec la direction, m’a demandé d’arrêter de dispenser des cours en raison de non-paiement. La majorité des permanents sont en grève depuis l’ouverture.”
Dr Coulibaly Moïse, médecin chargé de cours dans le complexe scolaire et secrétaire aux relations extérieures de l’ordre des médecins de la région de Ségou, a déclaré : “Cela fait presque 5 ans que je dispense des cours à l’école de santé Rokia Traoré de Médine, à Rokia Traoré de Sidisonikoura et à l’école de santé Tata Sacho de Sébougou.
Selon lui, les enseignants ne sont pas payés régulièrement. “Durant toute l’année 2023-2024, personne n’a été payé. C’est pourquoi tous les enseignants ont décidé de ne pas dispenser de cours cette année 2025 jusqu’au paiement intégral des arriérés. Cependant, au lieu de faire face à cette situation, le promoteur, M. Tata Sacho, est en train d’engager des personnes qui ne sont pas habilitées à donner des cours. Ils ne sont ni docteurs, ni infirmiers”, a-t-il expliqué.
D’après Dr Coulibaly, la situation est encore pire au niveau du lycée et des écoles professionnelles (coupe-couture, secrétariat, comptabilité, maçonnerie et lycée technique), car le lycée est à 3 ans de non-paiement des salaires. “Je lance un appel aux autorités éducatives, aux parents d’élèves et au promoteur lui-même afin de tout faire pour donner une meilleure éducation aux apprenants. Cela équivaut à éviter la mise sur le marché de l’emploi d’infirmiers mal formés, un danger public”, s’est inquiété le Dr Coulibaly.
Les élèves, quant à eux, se retrouvent dans une impasse : les frais de stage, qui devraient être pris en charge par l’établissement, sont souvent réglés par les parents, mais ces fonds n’arrivent jamais dans les centres de stage prévus. “ Je n’ai toujours pas commencé mon stage. Chaque fois qu’on demande à l’administration, ils nous disent d’attendre et qu’ils sont en train de gérer”, nous confie un élève apeuré qui a requis l’anonymat.
De plus, l’absence de délibération pour les examens de passage soulève des questions sur la rigueur académique. Les élèves sont promus dans les classes supérieures sans avoir passé́ d’examens, ce qui remet en cause la valeur de leur formation. Les remplacements abusifs de personnel en cours d’année scolaire ajoutent à la confusion et à l’instabilité au sein des classes. Ce qui prouve à suffisance la mauvaise gestion des ressources humaines par le promoteur.
L’absence de normes claires pour un établissement de formation en sciences de la santé est également préoccupante. Les élèves se retrouvent sans emploi du temps précis ni programme déterminé. Ce qui nuit à leur apprentissage.
Par ailleurs, M. Sacho semble privilégier des achats de fournitures à Bamako, négligeant de régler les factures des fournisseurs locaux, ce qui contribue à une détérioration de la qualité des services offerts. M. Mamadou COULIBALY, un des fournisseurs de l’établissement ne dira certainement pas le contraire.
Les quelques parents désabusés qui envisagent de transférer leurs enfants vers d’autres établissements se heurtent à de nombreuses difficultés, ce qui exacerbe la situation. Les frais de scolarité pour l’année scolaire 2023-2024 restent incertains, laissant planer le doute sur l’avenir éducatif des élèves pour l’année 2024-2025. A la découverte de cette situation inquiétante, nous avons contacté le promoteur par téléphone et lui avons posé trois questions :
- Les enseignants se plaignent du non-paiement de leurs salaires. Est-ce vrai ? Si oui, quelles en sont les raisons ?
- Il parait que vous employez des personnes non qualifiées pour dispenser des cours. Pourquoi ?
- La plupart des enseignants n’enseignent plus depuis la reprise. Est-ce vrai ? Si oui, quelle en est selon vous la raison ?
Après avoir attentivement écouté nos questions, il nous a demandé de faire une visite sur le terrain et a promis de revenir vers nous avec un rendez-vous (hier lundi) pour répondre à nos interrogations. Au moment où nous mettons sous presse, il n’a toujours pas donné suite à nos demandes, malgré nos tentatives de relance.
Face à cette situation alarmante, il est impératif que les autorités compétentes interviennent pour rétablir un cadre éducatif sain et garantir aux élèves de Ségou une formation de qualité́. La voix des parents et des enseignants doit être entendue afin de mettre fin à cette gestion calamiteuse et de redonner espoir aux jeunes en quête d’un avenir meilleur.
Albadia DICKO
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