EXCISION : témoignage sur les séquelles intimes encore taboues au mali
Le 26 Août, la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) a rompu le silence institutionnel au moment où les débats sur l’excision étaient encore vifs dans l’espace public malien. Dans le communiqué n°0017-2026/CNDH-PI, l’institution nationale pour la protection des droits humains considère les mutilations génitales féminines comme une atteinte à l’intégrité physique, morale et psychique ainsi qu’à la dignité des femmes et des filles. Les conséquences de cette pratique sur la vie intime des femmes demeurent traumatisantes. Selon BK, une jeune dame engagée dans la lutte contre cette coutume « néfaste », il est important de briser le silence autour des effets dévastateurs de l’excision sur le plaisir sexuel. « Sur 100% des femmes excisées, 70% n’ont pas de plaisir dans le rapport sexuel », explique-t-elle. Une réalité que, malheureusement, peu de femmes osent évoquer en présence des hommes.
Cette situation génère un malaise non seulement chez les femmes touchées, mais également dans les relations de couple. En effet, BK souligne que « les hommes préfèrent souvent les femmes non excisées ». Cela met en lumière un paradoxe : alors que l’excision est parfois perçue comme un signe de pureté ou de culture, elle afflige des conséquences dévastatrices sur la vie sexuelle des femmes.
En effet, la différence entre une femme excisée et une femme non excisée lors d’un rapport sexuel peut se manifester de plusieurs manières, tant sur le plan physique qu’émotionnel.
Selon BK, « les femmes non excisées conservent l’intégrité de leurs organes génitaux externes, ce qui peut favoriser la sensibilité et le plaisir durant les rapports sexuels. La stimulation des zones sensibles, telles que le clitoris, pourrait être plus accessible ».
Quant aux femmes excisées, « l’excision modifie ou retire souvent une partie des organes génitaux externes, ce qui peut conduire à une diminution de la sensibilité. Beaucoup de femmes excisées rapportent ne pas ressentir de plaisir lors des rapports sexuels, ce qui peut affecter leur vie sexuelle, leur désir et leur satisfaction ».
Et c’est justement cette souffrance qui pousse des femmes comme BK à envisager des solutions alternatives, telles que se rendre au Sénégal pour subir des opérations de reconstruction. Dans une interview, elle dit que « je souhaite aller au Sénégal pour me réparer », confie-t-elle. Ce désir de se réparer souligne l’urgence de prendre conscience des traumatismes physiques et psychologiques causés par l’excision, et de l’importance d’offrir aux femmes la chance de retrouver une vie intime épanouissante.
Conséquences physiques
Selon B K., « généralement les femmes non excisées n’ont pas à faire face aux complications physiques liées à l’excision, telles que des douleurs chroniques ou des risques d’infections » contrairement aux femmes excisées qui peuvent rencontrer « des douleurs pendant les rapports sexuels, des complications comme des infections ou des complications obstétricales si elles accouchent ». Elle confirme que certaines femmes ont des cicatrices qui engendrent des douleurs durant les rapports sexuels.
Avec ces révélations, BK appelle les autorités maliennes à prendre des mesures concrètes pour interdire cette pratique. « Je demande aux autorités de carrément prendre une loi qui l’interdit, car cela n’a aucun intérêt logique, à part des conséquences dramatiques », déclare-t-elle. Son appel à l’action soulève une question préoccupante : comment pouvons-nous permettre à des générations futures de vivre libérées de telles pratiques préjudiciables ?
Selon l’Enquête Démographique et de Santé du Mali 2023-2024(EDSM-VII), 89% des femmes âgées de 15 à 49 ans ont subi une excision. Chez les filles âgées de 0 à 14 ans, la proportion déclarée est de 70% contre 73% en 2018. La proportion de femmes de 15 à 49 ans déclarant avoir été excisées est passée de 85,2% en 2006 à 88,6% en 2023-2024.
La lutte pour l’abrogation de l’excision est une bataille nécessaire pour la santé et l’épanouissement des femmes. Il est temps que la société, en particulier les décideurs, s’engagent à protéger les droits des femmes et à promouvoir leur bien-être. En sensibilisant sur les conséquences de l’excision et en œuvrant pour son interdiction, nous pouvons espérer un avenir sans ce fléau.
Au Mali, la Constitution du 22 juillet 2023 consacre le principe de protection de la personne humaine et de son intégrité dans son Article 2, « La personne humaine est sacrée et inviolable. Tout individu a droit à la vie, à la liberté, à la sécurité et à l’intégrité de sa personne ».
Albadia DICKO
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