L’INDIFFERENCE DU GOUVERNEMENT DE LA TRANSITION ENVERS LA PRESSE PRIVEE CLASSIQUE : un constat alarmant
Depuis l’arrivée au pouvoir du Président de la Transition, Assimi Goïta, la relation entre le gouvernement et la presse privée classique semble marquée par une indifférence totale. Les réponses aux discours de présentation des vœux du Nouvel An prononcés par Bandiougou Danté, Président de la Maison de la Presse, au cours des dernières années, mettent en lumière cette indifférence indéniable.
Dans son discours de 2022, Bandiougou Danté a souligné l’importance de la presse dans la construction d’une démocratie solide. Il a appelé à un soutien accru du gouvernement pour les médias privés, qui sont souvent confrontés à des défis économiques. Cependant, la réponse d’Assimi Goïta s’est limitée à des remerciements généraux, sans engagement concret en faveur des préoccupations exprimées par le président de la Maison de la Presse et jusqu’en 2026, la presse n’a toujours pas reçu un seul geste de considération de sa part, même la fameuse « aide à la presse » a totalement disparue sous son règne.
En 2023, Bandiougou Danté a une fois de plus souligné les difficultés auxquelles fait face la presse malienne, en particulier la crise économique et le manque de ressources financières. Il a plaidé pour des réformes législatives visant à améliorer le cadre de travail des journalistes, afin de garantir leur sécurité et leur efficacité. Cependant, la réponse du Président Assimi Goïta, bien que courtoise, n’a pas fourni de solutions concrètes. Il a mis l’accent sur l’importance d’une presse responsable, tout en évitant de répondre directement aux demandes d’aide et d’appui au secteur.
De plus, les nouveaux textes de loi censés refonder et régir cette presse moderne et responsable, élaborés avec la participation de tous les acteurs du domaine, peinent à avancer dans le processus législatif et semblent peu susceptibles d’être adoptés même en 2026.
Lors de son allocution, Danté a également dénoncé la désinformation qui s’est propagée dans le paysage médiatique malien, appelant à une réponse collective et stratégique pour contrer ce phénomène nuisible. La réaction du Président Goïta a de nouveau manqué de précision, se limitant à reconnaître le rôle important des médias sans aborder les propositions concrètes de collaboration avec la presse privée. Cette situation soulève des inquiétudes quant à l’engagement réel de l’État envers un secteur vital pour la démocratie et la transparence au Mali.
En 2024, le président de la Maison de la Presse a fait part de son inquiétude concernant la dégradation des conditions de travail des journalistes, une situation aggravée par les crises politique et économique. Il a appelé à une mobilisation collective en faveur des médias. Bien que la réponse du Président Assimi Goïta ait été respectueuse, elle a semblé montrer une déconnexion avec les réalités du secteur, sans engagement pour fournir le soutien sollicité. Il a souligné l’importance de la liberté de la presse dans l’édification d’une société juste et équitable, tout en incitant les médias à saisir et à intégrer les enjeux sociopolitiques, économiques et géopolitiques du Mali. Pour le Chef de l’État, la campagne référendaire en vue de l’adoption de la nouvelle Constitution en juillet 2023 a mis en lumière l’engagement constant des professionnels des médias, qu’il s’agisse de l’activité médiatique, du rappel des principes intangibles de l’information et de la communication, de la vigilance quant à l’accès équitable aux médias d’État, ou de la nécessité d’informer correctement la population sur les enjeux liés à la nouvelle Constitution. « Vos structures se sont pleinement assumées devant l’histoire. Votre dévouement à cette mission essentielle, en dépit des défis rencontrés, est bien louable et mérite d’être souligné », a déclaré le Général d’Armée. Le Président Goïta a également abordé les défis du secteur, notamment en ce qui concerne l’aide à la presse. « Relativement à la demande d’aide de la presse auprès du gouvernement, la mise en place d’une commission de réflexion avec les associations fédératrices de la presse sera à l’étude afin de trouver un dénouement dans le respect des principes de transparence et de bonne gouvernance », a-t-il affirmé.
En 2025, Danté a mis en lumière la résilience des médias maliens face aux défis mettant en avant la nécessité d’un véritable dialogue entre le gouvernement et les médias. « Permettez-moi de dire ici sans ambiguïté que des cas d’enlèvement, d’assassinat d’hommes de médias que nous évoquions ne sont nullement l’œuvre de l’État du Mali encore moins du gouvernement de transition qui jusqu’ici, n’a mis en prison aucun journaliste dans l’exercice de sa profession » a déclaré le Président DANTE avant de dire que « notre objectif est d’apaiser la douleur des familles endeuillées, leur exprimer notre sympathie et notre solidarité. C’est aussi une manière pour nous d’inviter les plus hautes autorités à continuer à accorder une attention particulière à ces cas douloureux ». La réponse de Goïta, tout en exprimant des vœux de prospérité, n’a pas tenu compte des demandes spécifiques et des préoccupations soulevées par Danté et en plus, nos confrères Alfousseini TOGO du journal Canard de la Venise et Boubacar TRAORE du journal l’empire ont été mis sous mandat de dépôt en 2025. Ils étaient en exercice de la profession.
En 2026, Bandiougou Danté a réaffirmé l’importance d’une presse forte et responsable pour un Mali uni. Il a salué la création d’un Fonds de Solidarité de la Presse et a évoqué la nécessité d’un véritable dialogue entre le gouvernement et les médias. Il a également appelé à une mobilisation collective contre la désinformation et en faveur du soutien aux médias. A cet effet, il a proposé au président Assimi GOITA de procéder au payement de l’aide à la presse cumulée sur cinq ans.
La réponse du président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, lors de son intervention le lundi 19 janvier au palais de Koulouba, a une fois de plus manqué de substance, se limitant à des vœux de paix et de cohésion, sans aborder les besoins urgents de la presse. Goïta a salué l’esprit d’initiative de la Maison de la Presse pour la mise en place d’un Conseil des pairs, une instance d’autorégulation destinée à prévenir et à gérer les manquements à l’éthique et à la déontologie. Cependant, son opérationnalisation nécessite toutefois des moyens adéquats, selon Danté.
Pour Assimi Goïta, l’actualisation des textes régissant la presse et la communication est désormais indispensable. « Les réalités d’aujourd’hui ne sont plus celles d’hier, et les défis contemporains exigent des instruments juridiques adaptés », a-t-il précisé.
Il a insisté sur le rôle non négligeable des médias, déclarant : « Vos responsabilités demeurent essentielles. Dans un environnement où la manipulation, la propagande et les ingérences numériques se multiplient, votre action contribue à préserver l’intégrité de notre espace public, à rendre crédible notre pays et à garder l’équilibre nécessaire entre liberté et responsabilité. » Il a ensuite invité les médias, ainsi que l’ensemble des acteurs de l’espace numérique, à « mesurer la portée de chaque publication, à distinguer l’information vérifiée de la rumeur, le commentaire du fait, la critique du dénigrement, l’enquête de l’instrumentalisation. »
Enfin, il a souligné qu’il s’agissait là d’une occasion de « reconnaître et de magnifier les efforts immenses consentis par les professionnels de l’information et de la communication dans l’accomplissement de leur mission malgré des conditions difficiles, parfois précaires. Cette résilience mérite d’être saluée », a-t-il reconnu.
Un manque de considération manifeste
À travers ces discours, les réponses du Président de la Transition et le constat sur plusieurs années, il est évident que le gouvernement de Assimi Goïta n’a pas manifesté de réelle considération pour la presse privée classique. Les promesses de soutien et de dialogue sont restées lettre morte, laissant les professionnels des médias dans une situation précaire. Cette indifférence pourrait avoir des conséquences néfastes pour la liberté de la presse et la démocratie au Mali, des enjeux qui méritent une attention urgente et sérieuse de la part des autorités en place. Avec la réunification de la presse écrite sous l’égide du nouveau bureau de l’Association des Éditeurs de Presse Privée (ASSEP), une composante importante de la Maison de la Presse, le Président de ce temple de la liberté plurielle est désormais prêt à redonner à la presse sa place d’antan. Tous les regards se tournent désormais vers lui pour sauver sa maison d’une mort lente.
Albadia DICKO
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