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ORPAILLAGE A KENIEBA : entre espoir de survie et menaces mortelles

A l’ouest du Mali, dans la région de Kayes, l’orpaillage artisanal occupe une place essentielle dans la vie quotidienne des habitants de Kéniéba . Chaque jour, des centaines de personnes convergent vers les sites aurifères, creusant la terre à la recherche de quelques grammes d’or, souvent au péril de leur vie.

 À Kéniéba, l’or est omniprésent : dans le sol, dans les discours, mais surtout dans les espoirs des habitants. L’agriculture, autrefois la principale activité économique, ne suffit plus à subvenir aux besoins des familles. Face à cette réalité alarmante, l’orpaillage est devenu une alternative incontournable pour de nombreuses personnes en quête de ressources financières.

« Sans l’orpaillage, je ne pourrais pas nourrir mes enfants », confie Mamadou Sissoko, orpailleur depuis 34 ans, travaillant sur un site artisanal durant huit ans.  « J’ai quitté le village pour venir ici parce que je n’avais plus rien. Quand tu trouves un peu d’or, tu peux acheter du riz et payer les soins de tes enfants. Cependant, le travail est très dur. On descend profond, parfois sans protection. », a-t-il expliqué.

Les conditions de travail sont extrêmement précaires. Les puits, parfois profonds de plus de 20 mètres, sont creusés à la main, sans équipement de sécurité. Les accidents sont fréquents et souvent tragiques. Pour Souleymane Maiga, 27 ans, le danger fait partie de son quotidien. « L’année dernière, un puits s’est effondré pendant la nuit. Deux de mes amis sont morts sur place. On a peur, mais quand tu n’as rien d’autre comme travail, tu continues », explique-t-il.

Au-delà des risques humains, l’orpaillage impacte fortement l’environnement. L’utilisation du mercure pour séparer l’or du sable pollue les cours d’eau, affectant la santé des populations et des animaux.

Selon Fatim Coulibaly, habitante d’un village voisin, « l’eau que nous buvons est devenue sale avec des couleurs bizarres. Avant, nous utilisions l’eau de la rivière pour tout. Ce qui est désormais impossible car, elle (eau) a parfois une odeur étrange. Les enfants tombent souvent malades avec des symptômes que nous ne connaissions pas jadis. L’orpaillage détruit notre environnement. »

Les autorités locales reconnaissent l’importance économique de l’orpaillage, mais soulignent la nécessité d’un meilleur encadrement. « Il faut organiser l’orpaillage pour sauver des vies », insiste Boubacar Diallo, responsable communautaire à Kéniéba. « L’orpaillage fait vivre beaucoup de familles, mais sans règles, c’est dangereux. Il faut former les orpailleurs, interdire le mercure et sécuriser les sites. Sinon, nous continuerons à compter les morts. »

L’équilibre entre la nécessité de gagner sa vie et la protection des populations est difficile à atteindre. À Kéniéba, l’orpaillage demeure un moyen de survie, mais il représente également une source de drames humains et environnementaux. Le défi reste immense pour les autorités et les communautés locales, qui doivent trouver des solutions durables pour préserver à la fois la vie humaine et l’environnement.

AÏSSATA TRAORE (STAGIAIRE)

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