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Réseaux sociaux : pour « donner la priorité à la liberté d’expression », Meta va arrêter de vérifier l’information

Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp) va mettre fin à son programme de fact-checking aux Etats-Unis, a annoncé ce mardi son fondateur et patron Mark Zuckerberg. Un recul majeur de sa politique de modération des contenus

Mark Zuckerberg fait du Elon Musk pour plaire à Donald Trump. Le fondateur et patron de Meta a déclaré dans un message sur les réseaux sociaux ce mardi qu’il allait se « débarrasser des fact-checkers et les remplacer par des notes de la communauté, similaires à X (anciennement Twitter), en commençant par les Etats-Unis ».

Une annonce qui intervient alors que les républicains ainsi que le propriétaire du réseau social concurrent X, Elon Musk, se sont plaints à de multiples reprises des programmes de fact-checking, qu’ils assimilaient à de la censure. « C’est cool », a d’ailleurs commenté Elon Musk sur X après ce revirement. Le président américain élu a pour sa part dit qu’il avait « probablement » influencé la décision de Meta.

Selon Mark Zuckerberg, « les vérificateurs ont été trop orientés politiquement et ont plus participé à réduire la confiance qu’ils ne l’ont améliorée, en particulier aux Etats-Unis ». « Les récentes élections semblent être un point de bascule culturel donnant, de nouveau, la priorité à la liberté d’expression », a estimé le patron de Meta.

Moins de limites sur l’immigration et le genre

Dans le même temps, le groupe comprenant Facebook, Instagram et WhatsApp devrait revoir et « simplifier » ses règles concernant les contenus sur l’ensemble de ses plateformes et « mettre fin à un certain nombre de limites concernant des sujets, tels que l’immigration et le genre, qui ne sont plus dans les discours dominants », a-t-il annoncé.

Parmi les évolutions à venir, Meta devrait déplacer ses équipes « confiance et sécurité » de la Californie, généralement plus progressiste, vers le Texas, Etat plus conservateur. « Cela nous aidera à renforcer la confiance nécessaire pour faire le travail en ayant moins d’inquiétude quant aux partis pris présents parmi nos équipes », a justifié Mark Zuckerberg. Un mouvement qui va également avec la volonté de revenir sur sa décision, en 2021, de réduire les contenus politiques sur ses plateformes.

L’entreprise souhaite désormais adopter une approche plus personnalisée, donnant aux utilisateurs un plus grand contrôle sur la quantité de contenus politiques qu’ils souhaitent voir sur Facebook, Instagram ou Threads.

Une annonce qui suscite des inquiétudes

Dans un communiqué, le cofondateur du Centre de résilience de l’information (CIR), Russ Burley, s’est inquiété d’un « recul majeur de la politique de modération des contenus, à un moment où la désinformation et les contenus dangereux changent plus rapidement que jamais ».

« Les efforts pour protéger la liberté d’expression sont essentiels mais reculer sur le fact-checking sans alternative crédible ouvre la porte à un flot de contenus encore plus dangereux », a-t-il insisté.

La journaliste philippine et prix Nobel de la paix 2021, Maria Ressa, a de son côté mis en garde mercredi contre une « époque extrêmement dangereuse ». « Mark Zuckerberg dit que c’est pour des questions de liberté d’expression. C’est complètement faux. Ce n’est que si vous êtes motivé par le profit que vous pouvez prétendre cela, que si vous voulez du pouvoir et de l’argent que vous pouvez prétendre cela. Il est question ici de sécurité », a déclaré cette figure de proue de la lutte contre la désinformation dans un entretien à l’AFP.

Apaiser les tensions avec Donald Trump

L’annonce intervient alors que Mark Zuckerberg a multiplié les gestes en direction du président élu Donald Trump, notamment via un don d’un million de dollars pour le fonds finançant les cérémonies d’inauguration du mandat, prévues le 20 janvier.

Le candidat républicain s’était montré particulièrement critique à l’encontre de Meta et de son patron ces dernières années, accusant l’entreprise de parti-pris et de soutenir les discours progressistes. Donald Trump avait été suspendu de Facebook après l’attaque du Capitole, le 6 janvier 2021, mais son compte avait été réactivé début 2023.

Mark Zuckerberg a dîné en novembre avec Donald Trump à la résidence de Mar-a-Lago (Floride) de ce dernier, dans un geste vu comme une volonté d’apaiser les relations avec le futur président américain.

Autre geste à destination des conservateurs : Meta a désigné un fidèle de Donald Trump, Joel Kaplan, à la tête de ses affaires publiques, remplaçant l’ancien Premier ministre britannique adjoint, Nick Clegg, démissionnaire.

« Trop de contenus sans danger ont été censurés, trop de personnes ont été enfermées injustement dans « la prison de Facebook » », a déclaré Joel Kaplan dans un communiqué, insistant sur le fait que l’approche actuelle était allée « trop loin ».

Comment fonctionnent les notes de contexte ?

Les notes de contexte sont un outil de modération collective des contenus qui apparaissent en dessous de certaines publications potentiellement trompeuses. Elles ont été mises en place par Twitter en 2021 puis généralisées sur le réseau social racheté en 2022 par Elon Musk et rebaptisé X. Les notes sont proposées et rédigées par des utilisateurs volontaires, qui s’inscrivent au préalable, et ne sont pas éditées par les équipes de X. Ensuite, « d’autres utilisateurs vont évaluer si la note est utile ou pas, selon différents critères, notamment la pertinence des sources et la clarté de l’information », précise à l’AFP Lionel Kaplan, président de l’agence de création de contenus sur les réseaux sociaux Dicenda. « S’il y a suffisamment d’évaluations positives de la note, celle-ci va apparaître sous le tweet pour donner des informations complémentaires », poursuit-il. Les notes « tiennent compte non seulement du nombre de contributeurs qui ont jugé une note utile ou inutile, mais étudient aussi si les personnes qui l’ont jugée semblent venir d’horizons variés », détaille X sur son site. C’est le même principe que Wikipedia. « On s’appuie sur les utilisateurs les plus actifs d’un réseau social ou d’une plateforme pour augmenter la qualité du contenu », ajoute M. Kaplan. Meta, qui a annoncé que son programme de notes serait similaire à celui de X, estime qu’il s’agit d’un système « moins biaisé » que le fact-checking. . Quels sont les risques ? Facebook dispose d’un programme de fact-checking dans plus de 26 langues qui rémunère plus de 80 médias à travers le monde, dont l’AFP, pour utiliser leurs « fact-checks » sur sa plateforme, sur WhatsApp et sur Instagram.

Avec les notes, « le problème est de faire reposer la vérification sur la foule », souligne Christine Balagué, professeure à l’Institut Mines-Télécom et fondatrice du réseau de recherche « Good in Tech » qui travaille sur la désinformation.

« La foule peut dire quelque chose de juste, mais il peut aussi y avoir des gens malveillants qui sont là pour diffuser et propager de la désinformation », assure-t-elle. « Cette décision va affecter les utilisateurs qui veulent des informations précises et fiables », commente Angie Drobnic Holan, la patronne américaine du Réseau international de fact-checking (IFCN), sur X. « Les fact-checkeurs n’ont jamais fait preuve de partialité dans leur travail et cette critique émane de personnes qui pensent pouvoir exagérer les faits et mentir sans être réfutées ou contredites », ajoute-t-elle, soulignant le climat de pression politique aux Etats-Unis à l’approche de l’investiture du président élu Donald Trump. « Il est troublant de voir Mark Zuckerberg faire écho aux attaques politiques contre les fact-checkeurs parce qu’il sait que ceux qui ont participé à son programme étaient signataires d’une charte de principes qui requiert la transparence et l’équité », abonde auprès de l’AFP Bill Adair, co-fondateur de l’IFCN. Trump, qui s’est montré particulièrement critique à l’encontre de Meta et son patron ces dernières années, accusant l’entreprise de parti pris progressiste, a jugé avoir « probablement » influencé cette décision.

Sont-elles efficaces contre la désinformation ?

Des chercheurs ont montré que les notes de contexte « diminuaient d’à peu près 20 % la diffusion de la désinformation » sur le réseau X, reconnaît Christine Balagué. Même si ce système « n’est pas fiable à 100 % », pour Lionel Kaplan, les notes sont efficaces et permettent de traiter un volume d’informations plus important que le fact-checking, « lourd à mettre en œuvre ». Il met aussi en avant un fonctionnement « démocratique » qui permet « d’avoir des points de vue différents et de les confronter ».

X est pourtant régulièrement accusé de laisser se propager la désinformation depuis qu’Elon Musk a drastiquement réduit les équipes de modération.

Mais, selon cet expert, c’est surtout qu’ »X valorise la radicalité » et, par conséquent, rend plus visibles qu’ailleurs les fausses informations. Meta a indiqué que les utilisateurs pouvaient commencer à s’inscrire dès lundi pour rédiger des notes lorsque le programme sera lancé, sans donner de détails sur les critères de participation. L’entreprise a aussi annoncé donner aux utilisateurs un plus grand contrôle sur la quantité de contenus politiques qu’ils souhaitent voir sur Facebook, Instagram ou Threads.

Reste à voir à l’usage si ce système mènera à une explosion des fausses informations. Mais, pour Lionel Kaplan, risquant de déplaire aux annonceurs, Meta n’a pas forcément intérêt à mettre en avant les contenus polémiques, comme X.

avec AFP

Par latribune.fr


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